University of Minnesota


Comité contre la Torture, Examen des rapports présentés par les États parties en application de l'article 19 de la Convention, Cameroun, U.N. Doc. CAT/C/34/Add.17 (2003).


Troisièmes rapports périodiques des États parties devant être soumis en 1996

 

 

Additif

 

 

CAMEROUN*

 

[19 décembre 2002]

 

 

 

                                     

 

          *  Les renseignements présentés par le Cameroun conformément aux directives unifiées concernant la première partie des rapports des États parties figurent dans le document de base HRI/CORE/1/Add.109.

          Pour le rapport initial du Cameroun, voir le document CAT/C/5/Add.16; pour son examen, voir les documents CAT/C/SR.34 et 35, et Documents officiels de l’Assemblée générale, cinquante-cinquième session, Supplément no 44 (A/45/44), par. 251 à 279.

          Un rapport complémentaire (CAT/C/5/Add.26) a été soumis le 25 avril 1991 et examiné le 20 novembre 1991 (CAT/C/SR.101 et 102, et Documents officiels de l’Assemblée générale, A/47/44, par. 244 à 284).

          Pour le deuxième rapport périodique, voir le document CAT/C/17/Add.22; pour son examen, voir les documents CAT/C/SR.448, 451 et 454, et Documents officiels de l’Assemblée générale, cinquante-sixième session, Supplément n44 (A/56/44), par. 60 à 66.

          Les annexes au présent rapport peuvent être consultées auprès du Secrétariat.

 

 

GE.03-42846 (EXT)


Table des matiÈres

 

                                                                                                                       Paragraphes     

 

Introduction..............................................................................................           4 – 7                 

 

PREMIÈRE PARTIE – CADRE JURIDIQUE...................................................          8 – 46                

 

DEUXIÈME PARTIE – NOUVELLES MESURES ET NOUVEAUX
FAITS RELATIFS À L’APPLICATION DE LA CONVENTION
(ART. 1 À 16).................................................................................................        47 – 225            

          Article premier.........................................................................................         47 – 49             

          Article 2.................................................................................................        50 – 145            

          Article 3................................................................................................       146 – 150           

          Article 4................................................................................................       151 – 158           

          Article 5................................................................................................       159 – 164           

          Article 6.....................................................................................................            165              

          Article 7................................................................................................       166 – 167           

          Article 8................................................................................................       168 – 175           

          Article 9................................................................................................       176 – 178           

          Article 10..............................................................................................       179 – 187           

          Article 11..............................................................................................       188 – 189           

          Article 12...................................................................................................            190                

          Article 13..............................................................................................       191 – 204         

          Article 14..............................................................................................       205 – 213           

          Article 15..............................................................................................       214 – 218           

          Article 16..............................................................................................       219 – 225           

 

TROISIÈME PARTIE – INFORMATIONS RELATIVES AUX
OBSERVATIONS ET RECOMMANDATIONS FORMULÉES PAR
LE COMITÉ AU TERME DE L’EXAMEN DU DEUXIÈME
RAPPORT PÉRIODIQUE DU CAMEROUN...............................................       226 – 286           

1.       Introduire dans la législation un mécanisme permettant le
dédommagement et la réhabilitation les plus complets des
victimes de la torture .............................................................................       228 – 230           

2.       Introduire dans la législation le principe de l’irrecevabilité des
éléments de preuve obtenus par la torture, si ce n’est contre
l’auteur des actes de torture pour prouver que de tels actes ont
été commis ...........................................................................................       231 – 232           

3.       Mettre à profit le travail de codification en cours pour aligner
la législation camerounaise sur les dispositions des articles 5, 6, 7
et 8 de la Convention .................................................................................            233                


4.       Veiller à la mise en œuvre effective des instructions du Ministre
de la justice selon lesquelles la détention ne devrait être pratiquée
durant l’instruction qu’en cas d’absolue nécessité et que la liberté
sous caution devrait être la règle, d’autant plus que cela pourra
atténuer la surpopulation dans les prisons ...............................................       234 – 251           

5.       Envisager le transfert de la tutelle de l’administration pénitentiaire
du Ministère de l’intérieur au Ministère de la justice ...............................       252 – 269           

6.       Envisager le démantèlement des forces spéciales créées dans le
cadre de la lutte contre le grand banditisme et, dans le même
temps, mettre fin au gel du recrutement d’agents de la force
publique ...............................................................................................       270 – 280           

7.       Poursuivre énergiquement les enquêtes déjà ouvertes sur des
allégations de violation des droits de l’homme et, dans les cas
n’ayant pas encore fait l’objet d’enquêtes, ordonner l’ouverture
d’enquêtes immédiates et impartiales et tenir le comité informé
de leurs résultats.........................................................................................            281                

8.       Veiller au respect scrupuleux des droits de l’homme des
personnes arrêtées dans le cadre de la lutte contre le grand
banditisme.............................................................................................       282 – 283           

9.       Poursuivre le programme de formation des membres des forces
de l’ordre aux droits de l’homme et notamment en ce qui
concerne l’interdiction de la torture..............................................................            284                

10.     Envisager la mise en place d’un système d’évaluation périodique
de l’application effective de la législation prohibant la torture,
en tirant par exemple le meilleur profit possible de l’existence
du Comité national des droits de l’homme et des libertés et des
organisations non gouvernementales de défense des droits
de l’homme................................................................................................            285                

11.     Maintenir scrupuleusement un registre des personnes détenues
et le rendre publiquement accessible............................................................            286                

 

Liste des annexes....................................................................................................                                  


 

Introduction

1.             Le Cameroun a adhéré, sans aucune réserve, le 19 décembre 1986, à la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (ci-après dénommée "la Convention"), adoptée par l’Assemblée générale dans sa résolution 39/46 du 10 décembre 1984. La Convention est entrée en vigueur à l’égard du Cameroun le 26 juin 1987.

2.             Aux termes du paragraphe 1 de l’article 19 de la Convention, les États parties présentent au Comité contre la torture des rapports sur les mesures qu’ils ont prises pour donner effet à leurs engagements dans un délai d’un an à compter de l’entrée en vigueur de la Convention. Les États parties présentent ensuite des rapports complémentaires tous les quatre ans sur toutes nouvelles mesures prises, et tous autres rapports demandés par le Comité.

3.             Le rapport initial du Cameroun, soumis le 15 février 1989 (CAT/C/5/Add.16), a été examiné par le Comité le 20 novembre 1989 (CAT/C/SR.34 et 35). À l’issue de son examen, le Comité a demandé au Gouvernement camerounais un rapport complémentaire, lequel lui a été adressé le 25 avril 1991 (CAT/C/5/Add.26) et a été examiné le 20 novembre 1991 (CAT/C/SR.101 et 102).

4.             Les renseignements attendus par le Comité en 1992 et en 1996, au titre de l’obligation conventionnelle quadriennale, ont été fournis dans le cadre du deuxième rapport périodique consolidé, lequel a couvert la période de 1988 à 1996 (CAT/C/17/Add.22).

5.             Le Cameroun a, le 12 octobre 2000, déclaré reconnaître la compétence du Comité contre la torture en vertu des dispositions des articles 21 et 22 de la Convention. Le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, agissant en sa qualité de dépositaire, a procédé à la notification, aux États et organisations concernés, de cette déclaration camerounaise de souscription, le 24 octobre 2000.

6.             Le Comité a examiné le deuxième rapport périodique du Cameroun à ses 448e, 451e et 454e séances les 20, 21 et 23 novembre 2000 (CAT/C/SR.448, 451 et 454), et a adopté ses observations finales le 6 décembre 2000 (A/56/44, par. 60 à 66).

7.             Conformément aux directives générales adoptées par le Comité à sa sixième session, le 30 avril 1991, le présent troisième rapport périodique, qui couvre la période de 1996 à 2000, est organisé en trois parties. La première présente le cadre juridique général de l’interdiction de la torture au Cameroun. La deuxième partie porte sur les nouvelles mesures et les nouveaux faits relatifs à l’application de la Convention. La troisième partie apporte un complément d’information et des réponses aux observations et questions formulées par le Comité lors de l’examen du deuxième rapport, en novembre 2000.


PREMIÈRE PARTIE

 

 
CADRE JURIDIQUE

8.             Le paysage sociopolitique et juridique du Cameroun a connu une profonde mutation libérale au cours de la décennie 1990-2000. L’application de la Convention, pour la période de 1996 à 2000, a été favorisée par la volonté du Gouvernement de doter le Cameroun de lois aussi libérales et républicaines que possible, de s’ancrer durablement dans un État de droit à démocratie pluraliste, avec des contre-pouvoirs institutionnels ou diffus et l’émergence de la société civile. En effet, le 19 décembre 1990, le Président de la République promulguait une série de lois que l’Assemblée nationale venait d’adopter au cours d’une session parlementaire baptisée "session des libertés". La plupart des lois attentatoires aux libertés et droits fondamentaux de la personne humaine ont alors été abrogées ou révisées.

9.             C’est dans ce contexte de libéralisation politique que se sont tenues des élections pluralistes. En effet, le système du parti unique de fait a prévalu au Cameroun de 1966 à 1990, année où a été promulguée la loi n° 90/56 du 19 décembre 1990 relative aux partis politiques, laquelle a instauré le multipartisme intégral. Depuis ce changement, cinq élections ont été organisées :

En 1992, cinq partis politiques ont participé à l’élection présidentielle et 32 ont pris part aux élections législatives;

En 1996, 36 partis politiques ont participé aux élections municipales : à l’issue des élections, 15 de ces partis ont obtenu des sièges de conseillers municipaux et un nombre important de mairies est tombé dans le giron de l’opposition;

En 1997, neuf partis politiques ont présenté chacun un candidat à l’élection présidentielle et 44 partis ont participé aux élections législatives. La législature 1997-2002 comprend des députés issus de sept formations politiques.

10.         Parmi les innovations institutionnelles résultant de la mutation libérale sus-décrite figure la création, le 8 novembre 1990, du Comité national des droits de l’homme et des libertés. Cet organisme, doté de la personnalité juridique et de l’autonomie financière, a fait de la lutte contre la torture et autres mauvais traitements un axe majeur de son action. De nombreuses œuvres sociales privées et associations ainsi que des organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits de l’homme complètent cette activité. Ces ONG sont régies par la loi n° 99/014 du 22 décembre 1999.

11.         En 1996, la consolidation d’un État de droit a connu un tournant décisif. En effet, la Constitution, adoptée par référendum le 20 mai 1972, a été révisée par la loi n° 96/06 du 18 janvier 1996. Cette révision constitutionnelle est marquée dans ses grandes lignes par l’intégration des droits de l’homme au bloc de constitutionnalité, l’érection de la justice en pouvoir judiciaire, indépendant des pouvoirs législatif et exécutif, et la décentralisation administrative.

12.         S’agissant du pouvoir judiciaire, l’article 37 de la Constitution prévoit que la justice est rendue sur le territoire de la République au nom du peuple camerounais. Il est exercé par la Cour suprême, les cours d’appel et les tribunaux.

13.         Selon l’article 38, la Cour suprême est la plus haute juridiction de l’État en matière judiciaire, administrative et de jugement des comptes. Elle comprend une chambre judiciaire, une chambre administrative et une chambre des comptes :

La chambre judiciaire (art. 39) statue souverainement sur les recours en cassation admis par la loi contre les décisions rendues en dernier ressort par les cours et tribunaux de l’ordre judiciaire.

La chambre administrative (art. 40) connaît de l’ensemble du contentieux administratif de l’État et des autres collectivités publiques. Elle connaît en appel du contentieux des élections régionales et municipales.

La chambre des comptes (art. 41) est compétente pour contrôler et statuer sur les comptes publics et ceux des entreprises publiques et parapubliques.

14.         Chacune des trois chambres de la Cour suprême statue souverainement sur les décisions rendues en dernier ressort par les juridictions inférieures du même ordre, et connaît de tout autre litige ou matière qui lui est expressément attribué par la loi. Ainsi, la structuration de la nouvelle juridiction administrative comprendra la nouvelle chambre administrative de la Cour suprême, en tant que juridiction d’appel, et les tribunaux administratifs à créer et à implanter sur l’ensemble du territoire, contrairement à la situation antérieure, où une seule juridiction administrative existait au niveau de la Cour suprême à Yaoundé.

15.         La Constitution révisée de 1996 a aussi institué le Conseil constitutionnel, qui est l’instance compétente en matière constitutionnelle. C’est l’organe régulateur du fonctionnement des institutions. Le Conseil statue souverainement sur :

La constitutionnalité des lois, des traités et accords internationaux;

Les règlements intérieurs de l’Assemblée nationale et du Sénat avant leur mise en application, quant à leur conformité à la Constitution;

Les conflits d’attribution entre les institutions de l’État, entre l’État et les régions, entre les régions.

16.         Avant leur promulgation, les lois ainsi que les traités et accords internationaux peuvent être déférés au Conseil constitutionnel par le président de la République, le président de l’Assemblée nationale, le président du Sénat, un tiers des députés ou un tiers des sénateurs, les présidents des exécutifs régionaux.

17.         Le Conseil constitutionnel veille en outre à la régularité de l’élection présidentielle, des élections parlementaires et des consultations référendaires. Il en proclame les résultats.

18.         Les attributions de la Cour suprême en matière constitutionnelle ont donc été largement rénovées et transférées au Conseil constitutionnel. Par exemple, le contrôle juridictionnel (par voie d’action ou par voie d’exception) de la constitutionnalité des lois, qui était très restreint, a été entièrement rénové et ouvert.

19.         Toutefois, en attendant la mise en place effective du Conseil constitutionnel, la Cour suprême en exerce les attributions.

20.         Il existe également une Haute Cour de justice dont la compétence ratione personae été élargie. Elle est compétente pour juger les actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions par :

Le président de la République, en cas de haute trahison;

Le Premier ministre, les autres membres du gouvernement et assimilés, les hauts responsables de l’administration ayant reçu délégation de pouvoir, en cas de complot contre la sûreté de l’État.

21.         S’agissant du système administratif, la Constitution a créé 10 régions qui remplacent les 10 provinces existant depuis 1984 et qui n’étaient que des circonscriptions administratives déconcentrées. À la différence de sa devancière de 1972, elle consacre tout le titre X aux collectivités territoriales décentralisées de la République que sont les régions et les communes. Celles-ci sont des personnes morales de droit public. Elles jouissent de l’autonomie administrative et financière pour la gestion des intérêts régionaux et locaux. Elles s’administrent librement par des conseils de région. Ces derniers ont pour mission de promouvoir le développement économique, social, sanitaire, éducatif, culturel et sportif de ces collectivités. L’État en assure la tutelle.

22.         Le Cameroun est donc un État unitaire décentralisé, démocratique et à régime semi-présidentiel, dans lequel existe une séparation entre les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Le Parlement, monocaméral constitué de l’Assemblée nationale, chambre unique dans la Constitution de 1972, devient bicaméral et comprend une seconde chambre, le Sénat.

23.         Dans le combat contre le fléau de la torture, il est essentiel de souligner l’intervention de deux lois du 10 janvier 1997 :

a)             La loi n° 97/009 modifiant et complétant certaines dispositions du Code pénal, qui introduit, au chapitre des infractions commises par les fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions, un article 132 bis spécifiquement intitulé "Torture". Ce nouvel article, qui reproduit mutatis mutandis la définition conventionnelle de la torture, prévoit en outre les peines qu’encourent les auteurs d’actes de torture. Il rappelle aussi le caractère absolu du droit pour toute personne humaine d’être à l’abri de la torture, en excluant toute dérogation à l’interdiction de la torture;

b)