La Situation Actuelle des Organisations des Droits de l'Homme en Afrique Sub-Saharienne

Mozambique


INTRODUCTION: 1975-1993--Du "socialisme de garnison" au "capitalisme sauvage"

En septembre 1993 j'ai visité les cinq lycées mozambicains, presqu'un an après la signature de l'Accord Général de la Paix, le 4 octobre 1992, entre le dominant Frente para a Libertaçäo de Moçambique (Front pour la Libération de Mozambique) (FRELIMO) et le Resistência Nacional Moçambicana (RENAMO). J'ai demandé aux élèves ce qu'ils entendaient par le terme démocratie . Presque tous insistaient sur la liberté d'expression et l'accès aux informations vraies. Pour ces jeunes, dont tous sont nés peu avant ou peu après l'indépendance du Mozambique en 1975 et dont la seule expérience sociale et politique était le régime dominé par FRELIMO, les espoirs pour l'avenir sont attachés à l'article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme.

Pendant ma visite en décembre 1993, je me suis rendu compte, au moins en ce qui concerne la population urbaine lettrée, que la paix et l'introduction des libertés politiques et des droits civiques sont les bienfaits du passage de l'état socialiste à parti unique vers une démocratie multi-partie. En effet, la Constitution de 1990 comprend tous les droits de l'homme fondamentaux et jette les fondements pour la construction d'un système de gouvernement basé sur les principes de la liberté. Les aspects peu reluisants du "socialisme de garnison" tels que la police de sécurité si redoutée, le Serviço Nacional de Segurança Popular (Service National pour la Sécurité Populaire) (SNASP), les détentions politiques, les camps de rééducation, les permis de voyage, les flagellations et les exécutions publiques, toutes bien documentées, relèvent désormais d'une époque révolue. La presse, qui s'affranchit peu à peu de la surveillance du gouvernement, est vivante et a l'esprit critique. La ratification de la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples, la Convention relative aux Droits de l'Enfant, le Pacte International relatif aux Droits Civils et Politiques et son deuxième Protocole Facultatif, la Convention contre la Torture et Autres Peines ou Traitements Cruels, Inhumains ou Dégradants, la Convention pour la Prévention et la Répression Punition du Crime de Génocide, et la Convention sur l'Elimination de Toutes Formes de Discrimination à l'égard des Femmes sont autant d'indications d'une volonté ferme au Mozambique d'effacer les traces d'un passé marxiste-léniniste afin de rejoindre le Nouvel Ordre Mondial.

Toutefois, certains perçoivent une érosion des droits fondamentaux sociaux et économiques, en particulier les droits à la santé, à l'éducation et un niveau de vie suffisant, et mettent en cause le nouvel ordre. Dans l'opinion de beaucoup, le Programa de Reabilitaçäo Economica e Social (Programme de Réhabilitation Economique et Sociale) (PRES), financé par le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale et qui fonctionne depuis 1987, et les changements concomitants en gouvernance, tout en assurant des libertés fondamentales et tout en introduisant des réformes économiques nécessaires, ont eu l'effet de remplacer le "socialisme de garnison" par un "capitalisme sauvage". Le contraste entre la grande richesse des conseillers techniques étrangers et des quelques Mozambicains en mesure de bénéficier du flux de l'aide de développement, et la misère de la majorité est la caractéristique la plus frappante de Maputo, et, dans une moindre mesure, des capitales provinciales. De plus, des réductions sévères dans les dépenses publiques menacent de provoquer l'implosion de l'état. Le déclin des salaires des fonctionnaires publics les poussent soit à abandonner l'état pour les pâtures plus vertes du "secteur privé" ou les organisations non-gouvernementales internationales et nationales qui foisonnent, soit à rester dans l'administration publique tout en arrondissant leurs revenus par ailleurs. La corruption s'infiltre à partir du sommet. Le résultat est que les services les plus fondamentaux ne sont plus à la portée de ceux qui n'ont pas les moyens pour "les acheter". La presse et la radio commentent tous les jours sur le fait que l'accès aux écoles publiques et aux services publics de santé dépend de plus en plus du versement d'un pot-de-vin aux professeurs et aux fonctionnaires de la santé publique. Par la même logique, on soupçonne les policiers de s'intéresser davantage à l'exaction de pot-de-vins qu'à la poursuite de la justice. Puisque les avocats mieux formés trouvent des emplois plus rémunérés dans le secteur privé, le système judiciaire est vidé de talent et incapable de rendre la justice d'une manière efficace. Ceux qui sont accusés de délits communs languissent dans des prisons atroces en attendant jusqu'à quatre ans avant d'être jugés. Par conséquent, les gens eux-mêmes prennent les choses en main et rendent "la justice" à leur façon. Les lynchages des suspects sont devenus une caractéristique régulière de la vie des faubourgs et l'attraction principale de l'émission matinale de Radio Mozambique, "Onda Matinal" (Vague du Matin). Lundi le 13 décembre 1993, le journaliste d'Onda Matinal, après avoir interviewé des gens impliqués dans deux lynchages, a commenté: "La marée croissante de la délinquance fait croire beaucoup de gens que les lois n'existent pas dans notre pays."

En général, donc, le passage de la phase marxiste-léniniste de l'histoire du Mozambique après l'indépendance à la nouvelle phase de la "démocratie multi-partie" a résulté activement dans une année de paix, l'introduction formelle de tous les droits de l'homme fondamentaux et la promesse d'élections générales en octobre 1994. Tandis que cela marque une amélioration sensible par rapport au passé, il faut noter que dans la pratique les bénéficiaires principaux du nouveau régime libéral sont les élites urbaines. Tandis que ces gens ont désormais l'avantage de la plupart des mécanismes d'une démocratie moderne, les pauvres dans les villes et à la campagne mènent un combat pour la survie dans un environnement rendu plus hostile par les ravages de la guerre--plus de deux millions ont été forcés de chercher refuge dans les centres urbains ou dans les pays voisins--et l'incapacité d'un état appauvri et corrompu de garantir leurs droits à la sécurité personnelle, y compris la protection de la loi, l'emploi, un niveau de vie minimum, la santé et l'enseignement. En effet, il n'y a que les droits qui ne nécessitent pas l'entremise active de l'état, tels que les libertés d'expression, d'association, de mouvement, et, qui soient à la portée de tous. Les droits qui exigent l'intervention concrète de l'état, tels que les droits économiques et sociaux et le droit à la protection sous la loi, de plus en plus, ne sont à la portée que de ceux qui ont les moyens de les acheter.

Au sens strict les commentaires ci-dessus ne s'appliquent qu'aux régions du pays contrôlées par le gouvernement FRELIMO. La situation des droits de l'homme dans les régions tenues par RENAMO--presque toutes les régions rurales--est très peu connue. Dernièrement, cependant, on a accusé RENAMO d'utiliser des moyens brutaux pour restreindre l'opposition, et tandis que les membres de RENAMO ont une liberté de mouvement totale partout dans le pays, les gens des régions FRELIMO souhaitant entrer dans les zones RENAMO sont obligés d'obtenir la permission des fonctionnaires locaux de RENAMO. Bien que le Président de RENAMO, Alfonso Dhlakama, a récemment tenu des rassemblements politiques dans un nombre de régions contrôlées par FRELIMO, y compris la Province de Gaza--le pays d'origine des trois Présidents de FRELIMO, Mondlane, Machel et Chissano--on n'a pas de nouvelles d'événements semblables de FRELIMO dans les zones contrôlées par RENAMO.

L'ACTIVISME DES DROITS DE L'HOMME

Ses origines au sein de l'Etat (1975-1993)

Une caractéristique remarquable de l'Etat de FRELIMO a été le fait que l'opposition à ses mesures et ses lois les plus répressives est née dans ses propres rangs. Tandis que les hauts responsables ont introduit la flagellation en public, les camps de rééducation, etc., d'autres fonctionnaires du gouvernement étaient responsables pour réaliser des recherches sur le droit traditionnel et entreprendre des programmes publics d'instruction sur les droits des citoyens sous la loi.

De l'indépendance en 1975 jusqu'à la promulgation de la Constitution de 1990, les organisations non-gouvernementales étaient en dehors de la loi. Toute action et toute pensée sociale émanait de l'état et du Parti, qui opérait au moyen des "mouvements massifs," tels que l'Organizaçäo da Mulher Moçambicana (Organisation des Femmes Mozambicaines) (OMM), l'Organizaçäo do Trabalhador Moçambicano (Organisation des Ouvriers Mozambicains) (OTM), et l'Organizaçäo do Jornalista Moçambicano (Organisation des Journalistes Mozambicains) (OJM). Peu après l'indépendance en 1975 et la mise-en-oeuvre du "socialisme de garnison", une érosion progressive des droits de l'homme a commencé. Au début il s'agissait du retrait de certains droits dits de "première génération" (liberté d'expression, d'association et du mouvement) au nom du développement socialiste, qui était censé donner la priorité aux droits dits de "deuxième génération", tels que les droits à la santé, à l'éducation, et à un niveau de vie décent. Cependant, avec l'intensification de la Guerre Froide et les politiques de déstabilisation menées par l'Afrique du Sud qui soutenait les rebelles de RENAMO, on a adopté des mesures de plus en plus dures contre ceux qu'on voyait comme "les ennemis à l'intérieur". Parmi ces mesures il y avait l'"Opération Production" par laquelle on envoyait les chômeurs urbains--y compris beaucoup de femmes célibataires accusées d'être prostituées--vers la province éloignée de Niassa pour être plus productifs, dans des "camps de rééducation" auxquels des milliers ont été bannis sans procédure judiciaire, et la détention sans procès, les flagellations et la peine de mort. Les Grupos Dinamizadores (Groupes Dynamisants), qui à l'origine avaient été conçus comme des organisateurs de la communauté, ont aidé le SNASP formé en Allemagne Orientale dans la poursuite des "ennemis à l'intérieur". Même la Faculté de Droit de l'Universidade Eduardo Mondlane (l'Université Eduardo Mondlane) (UEM) a été fermée en 1984 pour des raisons qui n'ont jamais été expliquées, mais qui étaient certainement liées au désir de supprimer ce centre potentiel d'opposition au régime.

En dépit de la conception monolithique de l'Etat FRELIMO, un bon nombre de ses fonctionnaires qui n'avaient jamais joint le parti dominant avaient des opinions contraires à la ligne dominante. Notable parmi ceux-ci était un petit groupe d'avocats travaillant dans le Ministère de Justice et dans le système judiciaire. Chargés de concevoir un système de "justice populaire" après l'indépendance, ces avocats ont fini par jouer un rôle important en essayant d'adoucir les pires effets de la législation répressive et de la pratique judiciaire. Evitant l'affrontement ouvert avec le gouvernement, ils opéraient dans le cadre de la loi et des conditions politiques existantes pour atténuer les effets de la vague de répression. Ils ont conçu une campagne publique d'éducation pour sensibiliser les citoyens à leurs droits sous la loi, et ils se sont servi de leurs postes d'influence pour libérer le plus grand nombre possible de citoyens des injustices des détention sans procès et du bannissement vers les camps de rééducation, ce qui revenait à la même chose. En outre, ils ont initié un programme de réforme des prisons et ont conduit des recherches importantes pour mettre au point des projets de loi--surtout dans le domaine de la législation sur la famille--qui tiendraient compte des particularités culturelles, sociales et politiques des nombreux groupes ethniques au Mozambique. En 1987, le Ministre de la Justice a établi ce qu'on a appelé le Dossier des droits de l'homme, dont le responsable est le Vice-Président de la Cour Supérieure, José Noberto Carrilho, et qui est composé de trois autres juges et avocats proéminents. Ce groupe devait surveiller la situation des droits de l'homme dans le pays et il a contribué à la ratification des accords et des conventions internationales citées plus haut.

A présent, les avocats du Departamento de Investigaçäo e Legislaçäo (Département de Recherche et de Législation) (DIL) et l'Instituto Nacional de Assistênca JurĄdica (Institut National pour l'Assistance Juridique) (INAJ) du Ministère de la Justice, en particulier Anna Pessoa et Abdul Carrimo, continuent à militer dans la promotion des droits des citoyens par la publication de brochures et une série d'émissions "Connaissez vos droits" diffusées par Radio Mozambique qui est dans les mains de l'Etat. En 1989, c'était ce même groupe d'avocats qui a rédigé la nouvelle Constitution libérale qui a été approuvée par l'Assemblée de la République en 1990 après un débat public prolongé. Plus récemment, ils ont joué un rôle actif dans la rédaction de la nouvelle Loi électorale, qui a été approuvée en décembre 1993.

L'émergence de l'activisme des organisations non-gouvernementales (1990-1993)

Avec la liberté d'association garantie sous la nouvelle Constitution et avec des ressources abondantes disponibles pour le "renforcement de la société civile" reçues d'organisations non-gouvernementales internationales, de gouvernements étrangers, et d'agences multilatérales telles que la Banque Mondiale et les Nations Unies, un nombre d'organisations non-gouvernementales mozambicaines sont nées au cours des trois dernières années. La plupart de ces organisations se penchent sur les problèmes du développement urbain et rural. En harmonie avec les idéologies dominantes du développement à l'heure actuelle, ces organisations placent l'accent avant tout sur "la démocratie", "la participation populaire" et "l'habilitation" des femmes. Notables parmi ces groupes sont la Fundaçäo para o Desenvolvimento da Comunidade (Fondation Mozambicaine du Développement de la Communauté), l'Associaçäo PROGRESSO (Association Progresso), Mulher, Lei e Desenvolvimento (Femme, Droit et Développement) (MULEIDE), et l'Associaçäo Moçambicana para a Defesa da FamĄlia (Association Mozambicaine pour la Défense de la Famille) (AMODEFA). La ONG canadienne, la Coopération Canada Mozambique (Cooperaçäo Canad  Moçambique) (COCAMO), a été très active dans la capitale provinciale de Nampula où elle a donné naissance à trois organisations non-gouvernementales locales, une organisation pour l'éducation des adultes (Karibu), le Uniäo Geral de Cooperativas (Union Générale de Coopératives) (UGC), et l'Associaçäo de Mulheres Rurais (Association de Femmes Rurales) (AMR). Par suite de la prédominance économique et politique des provinces du sud, le Maputo, le Gaza et l'Inhambane, un nombre d'organisations provinciales de développement se sont formées dans les provinces du nord et du centre. Au Nampula, Mwakhulele ("répondre" en emakhuwa, la langue principale du Nampula) a été formé pour promouvoir la fierté de la culture Makhuwa. Au Quelimane, le Movimento Civico do Zambézia (Mouvement Civique du Zambèze) a été fondé par un groupe d'intellectuels pour développer des projets dans la Province de Zambèze.

Tandis que la plupart de ces mouvements fonctionnent pour promouvoir les droits sociaux et économiques, MULEIDE est le seul qui mette l'accent tout spécialement sur la constitutionnalité et la loi, réalisant des campagnes publiques d'éducainstruction et proposant des services juridiques en cas de divorce et de séparation. MULEIDE a joué un rôle significatif dans la campagne pour que l'Assemblée de la République ratifie la Convention sur l'élimination de toutes formes de discrimination contre les femmes.

Les activités non-gouvernementales des droits de l'homme dans le sens strict du terme sont ainsi limitées jusqu'à présent à l'enseignement à la Faculté de Droit de l'Université Eduardo Mondlane et deux organisations naissantes, NARIHRA (Réseau d'Activistes et de Chercheurs sur les Droits de l'Homme Intégrés en Afrique) et la Liga Moçambicana dos Direitos do Homem (Ligue Mozambicaine pour les Droits de l'Homme).

Comme l'a observé un sociologue et commentateur politique mozambicain, en résumant la pensée de beaucoup des gens avec qui le chercheur avait parlé, l'idéologie est dépassée. Les problèmes relèvent maintenant de la déontologie. La dignité, suggère-t-il, cède à l'asservissement. A mesure que l'état s'écroule et que la corruption et la malhonnêteté deviennent la norme plutôt que l'exception, la restauration de la morale publique et la défense des droits de l'homme sont des conditions fondamentales pour la sauvegarde d'une société qui est en voie de transition massive du marxisme-léninisme vers une démocratie multi-partie, et d'une guerre amère vers une paix durable. Les obstacles sont innombrables. L'économie est déchirée, 78 pour cent du budget de l'état vient des subventions de l'étranger, le salaire minimum d'environ US $14 par mois ne suffit pas à la subsistance, et la méfiance entre les responsables de RENAMO et ceux de FRELIMO s'avère difficile à surmonter. Il est positif que les libertés politiques et civiques sont formellement garanties par la Constitution, la presse est de plus en plus critique et libérée du contrôle du gouvernement, la paix a tenu, et le rapprochement dans la plupart des régions rurales est une réalité.

La capacité d'un mouvement mozambicain des droits de l'homme de s'établir solidement ne dépendra pas de la disponibilité de finances et de conseils de sources internationales. La paix et la construction d'une gouvernance démocratique peut être facilitée par les Nations Unies, mais la consolidation en fin de compte dépendra s–rement des efforts et des idées des Mozambicains eux-mêmes. De même, tandis que le soutien international pour les droits de l'homme est déjà disponible, des organisations solides et légitimes des droits de l'homme naîtront de la société mozambicaine par la volonté et la détermination d'individus et de groupes engagés.

Etant donné la jeunesse des organisations des droits de l'homme au Mozambique, la liste de leurs besoins semble interminable. Cependant, en réalité, il s'agit de besoins fondamentaux plutôt qu'interminables. Tandis que presque tous sont d'accord sur l'extrême importance d'un mouvement indépendant des droits de l'homme comme un garant fondamental des droits des citoyens en ce moment de trouble économique et politique, des formes efficaces d'organisation et d'action restent à être découvert.

Il y a beaucoup que la communauté internationale peut faire dans cette situation, et les effets pourront être négatifs ou positifs. Des effets négatifs découleront d'une diffusion capricieuse de fonds et de soutien à des projets dont la rhétorique plaît mais dont les bases sont peu s–res. Des effets positifs viendront de l'établissement et de la promotion d'un dialogue qui permette un échange de vues plutôt qu'une imposition de programmes. Le mouvement naissant mozambicain des droits de l'homme compte déjà sur des femmes et des hommes engagés, mais ils aimeraient tous connaître plus le domaine des droits de l'homme pour mieux définir leurs propres stratégies et leurs propres objectifs.

Ainsi, l'assistance proposée à la communauté naissante des droits de l'homme de Mozambique devrait être structurée pour transmettre des connaissances plutôt que pour donner des conseils. Pour réaliser cet objectif on peut: - rendre disponible la documentation approprié et, s'il le faut, la traduire en portugais; et - renforcer des échanges relatifs aux droits de l'homme entre le Mozambique et d'autres pays. Des travailleurs expérimentés des droits de l'homme à l'étranger pourraient visiter le Mozambique pour s'entretenir avec leurs contreparties mozambicaines et les activistes mozambicains pourraient certainement gagner à visiter à des organisations établies ailleurs. Initialement, ces échanges devraient viser à donner aux Mozambicains les moyens de définir leurs buts prioritaires et des stratégies adaptées pour l'action. Par ces moyens, la communauté internationale pourra contribuer à une évolution où le mouvement des droits de l'homme pourra se développer sur la base solide d'idées locales conçues par et pour le peuple du pays. Même si beaucoup d'institutions mozambicaines resteront financièrement dépendantes de la communauté internationale de donateurs pendant quelque temps, il n'y a aucune raison pour laquelle les Mozambicains devraient perdre la possibilité de déterminer les formes, les buts et les stratégies de leurs propres institutions.

LES ORGANISATIONS DES DROITS DE L'HOMME

Liga Moçambicana dos Direitos do Homem
(Ligue Mozambicaine pour les Droits de l'homme)

Invitée à la Conférence Mondiale sur les Droits de l'Homme à cause de son désir de former une Association d'Avocates au Mozambique, Maria Alice Mabota, une étudiante de droit de troisième année à la Faculté de Droit UEM, a assisté pour la première fois à une discussion de grande envergure sur les droits de l'homme. Par suite de contacts ultérieurs avec d'autres délégués lusophones, elle a décidé de fonder un tel mouvement au Mozambique. Armée d'une copie des statuts de la Ligue Guinéenne pour les Droits de l'Homme, elle a rédigé un document très semblable pour le Mozambique et a organisé quelques réunions informelles avec une douzaine d'intellectuels Maputos qui représentaient la presse, le gouvernement et les universités.

Les buts, les stratégies et les méthodes prioritaires de la Liga Moçambicana dos Direitos do Homem n'ont pas encore été clairement définis. Les domaines de préoccupation sont les conditions des prisons, les abus commis par des fonctionnaires publics, en particulier par la police, et la pauvreté croissante de la majorité de la population.

Network of African Researchers and Intellectuals on Integrated Human Rights in Africa
(Réseau de Chercheurs et Intellectuels Africains sur les Droits de l'Homme Intégrés en Afrique) (NARIHRA)

En 1991, des avocats de par l'Afrique se sont rencontrés pour discuter des problèmes des droits de l'homme sur le continent. Un an plus tard, un autre carrefour a résulté dans la fondation du Réseau de Chercheurs et Intellectuels Africains sur les Droits de l'Homme Intégrés en Afrique (NARIHRA), sous la Présidence de TeodĒsio Uate et avec l'avocat kenyan, Shadrack Gutto, comme Secrétaire Général. On a choisi des membres du Comité Exécutif d'Ethiopie, d'égypte, et du Sénégal. Pour la première année, MULEIDE a fourni à NARIHRA un espace de bureau et un numéro de boîte postale, mais a retiré ces services à cause de l'inaction de NARIHRA. L'organisation n'a pas encore été enregistrée au Mozambique.

Universidade Eduardo Mondlane
(Université Eduardo Mondlane) (UEM)

En 1993, sous le Directeur et le Directeur adjoint de la Faculté de Droit de l'Universidade Eduardo Mondlane, Machatine Munguambe et TeodĒsio Uate respectivement, les droits de l'homme ont été inscrits au programme d'études comme une matière régulière pour les étudiants de licence. Dirigé par TeodĒsio Uate, le cours aborde l'histoire du mouvement des droits de l'homme avec une référence spéciale à la situation au Mozambique.

La Communauté Religieuse

L'église catholique, le groupe protestant Conselho Cristäo de Moçambique (CCM) et, à un moindre degré, le Conseil Islamique et l'Assemblée Islamique, ont joué un rôle crucial dans la restauration de la paix au Mozambique. Pendant les années 80, les églises protestantes ont initié la médiation entre RENAMO et FRELIMO. L'église catholique a accueilli alors les négociations de paix (1990-1992) à la Communauté Santo EgĄdio à Rome. Par la suite les églises ont lancé des programmes de rapprochement et ont facilité la collaboration entre le gouvernement et RENAMO au niveau local. Après avoir été une des principales cibles de la colère anti-coloniale de FRELIMO (en 1975 toute la propriété et tous les services des églises ont été nationalisés), les églises sont maintenant perçues comme une force impartiale pour la paix et la justice.

Commissäo CatĒlica de Justiça e Paz
(Commission Catholique Justice et Paix)

Présidée par l'Archevêque de Beira, Dom Jaime Gonçalves--qui est aussi le directeur de CARITAS-Mozambique--la Commissäo CatĒlica de Justiça e Paz est inactive depuis le début des années 80, quand elle a protesté contre les déportations forcées vers les communes rurales, la torture, les flagellations en public et les exécutions et les "disparitions". Maintenant, cependant, la Commissäo paraît assumer de nouveau un rôle actif. En 1992 un séminaire national a eu lieu sous les auspices de CARITAS sur "le Rapprochement", et en 1993 un second a été organisé sur le thème des droits de l'homme. Des initiatives importantes sont aussi entreprises au niveau des paroisses, où des petits groupes de prêtres et de la‹cs réalisent des séances de formation en politique et économie dans le but de préparer les citoyens à l'exercice du suffrage démocratique en 1994. On encourage aussi ces groupes à documenter les "situations d'injustice." Dans l'archidiocèse de Maputo, Père José Ange de la paroisse du quartier industriel de Nhangene est "l'Animateur Spirituel" de la Commissäo CatĒlica de Justiça e Paz. Avec des ressources minimes, il a concentré son travail jusqu'ici sur les droits économiques et sociaux, en s'occupant des cas de non-paiement de salaires ainsi que des licenciements injustifiés sans rémunération dans les usines locales. Il aimerait étendre son travail à la documentation et la dénonciation du comportement arbitraire de la police, mais il manque de personnel et de ressources pour la compilation d'une documentation fiable des faits.

Conselho Cristäo de Moçambique
(Conseil Chrétien du Mozambique) (CCM)

Composé des églises protestantes et des nombres d'églises chrétiennes "syncrétiques" (Mazion), le Conselho Cristäo de Moçambique (CCM) est profondément engagé à préparer les gens, surtout les pauvres, à assumer un rôle plus actif par rapport à leurs droits. Moyennant le Programme pour la Justice et la Paix, qui est une continuation du Programme pour la Paix et le Rapprochement qui a précédé l'Accord Général de Paix et qui est dirigé par l'évêque anglican de Maputo, Dinis Sengulane, on conçoit des programmes d'éducation populaires pour toutes les églises membres. Dans le cadre des préparatifs pour les premières élections générales au Mozambique, la CCM est la plus active dans l'éducation des électeurs. Cependant, la CCM, comme les organisations non-gouvernementales mentionnées plus haut, s'intéresse moins aux problèmes purement juridiques et aux droits dits de "première génération". Elle se penche davantage sur la croissance de la pauvreté. On met l'accent sur la stimulation des initiatives à l'échelle locale et sur la promotion d'une participation active de la part d'une population qui, pendant plusieurs années, a fait forcément l'objet passif de mesures prises par le gouvernement. On encourage les communautés à s'exprimer sur les problèmes tels que les salaires bas, le chômage, l'abus de l'autorité et l'accès à la terre. La CCM est en dialogue constant avec Maria Alice Mabota, qui leur a demandé du conseil et du soutien pour la Ligue.

- Peter Fry


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